Le Cireur Patineur : sauver, entretenir, transformer

 
Capture d’écran 2018-10-19 à 11.43.44.png

Pierre Paul Hofflin, Cireur Patineur

depuis 2008

Propos recueillis par Audrey Harris

 

Comment êtes-vous devenu cireur patineur ?

J’ai commencé par travailler chez Weston, où je rejoignais mon père, j’étais alors très jeune et j’y suis finalement resté 25 ans. Dans cette maison j’ai beaucoup appris du métier, j’y ai éveillé ma passion pour les chaussures en cuir, mon goût pour la couleur. D’abord vendeur, étalagiste, j’ai progressivement appris à cirer, patiner, glacer, pour ensuite moi même former les cireurs des ateliers. J’ai décidé d’ouvrir mon salon pour m’adonner chaque jour à ce que je considère non plus comme un travail, mais un plaisir. Mes mains constituent mon seul outil, en relation directe avec la matière j’éprouve la joie tactile, sensuelle, à l’usage des produits nobles que je choisis avec soin. C’est ainsi que chaque jour j’entretiens ou je redonne une seconde vie à des chaussures, des sacs, parfois des vêtements de cuir.

Qu’est-ce qu’une patine ?

La patine n’est pas une teinture. Pour réaliser une patine, il faut respecter un protocole précis et méticuleux. D’abord nettoyer le cuir à l’aide d’un lait, sans omettre les coutures. Une fois débarrassé de toute impureté, le cuir est prêt à recevoir le cirage. Cette étape permet d’abord de nourrir la matière ; encore une fois, je m’attache aussi à ce qui ne se voit pas forcément au premier coup d’œil, lorsque la semelle est en cuir elle doit aussi être cirée. Le cirage que j’emploie a été spécifiquement mis au point pour répondre à mes exigences. Pour la cire, mes fournisseurs sont français et utilisent exclusivement la cire d’abeille. L’étape du cirage est celle de l’application de la couleur, alors adjointe à la cire. Pour les pigments, je ne choisis que des coloris naturels, en provenance de leur pays traditionnel d’origine : Japon, Brésil, France. Une fois le cirage terminé, je procède au glaçage. C’est lui qui donnera toute sa profondeur à la couleur. Les deux ingrédients principaux de cette dernière étape sont le temps et la main. J’applique un peu d’eau et de cirage à l’aide de mes doigts sur le cuir, et patiemment je crée le miroir qui donnera son effet glacé à la patine.

Capture d’écran 2018-10-19 à 11.44.04.png

Comment travaillez-vous la couleur ?

Chaque patine est unique, même sur le même support, d’une application à l’autre ses nuances varient toujours. J’ai crée mon propre nuancier, que je présente dans mon salon, j’y développe des couleurs riches et profondes, que la transparence du glaçage magnifie. Cependant, il est fréquent que je sois amené à réaliser des couleurs uniques à la demande de mes clients, parfois des maisons de Couture pour leurs collections, mais aussi des particuliers qui veulent transformer une pièce. Mes clients réguliers achètent souvent leurs souliers pour les faire colorer par mes soins. Pour eux, je crée une nuance unique, nous ajustons ensemble la teinte pour affiner le coloris, jusqu’à ce qu’il corresponde parfaitement.

Les peaux sont toutes différentes, les traitements évoluent au fil des époques et je suis amené à travailler aussi bien sur des chaussures ou des sacs contemporains que sur des pièces vintage. Pour maîtriser la couleur, il faut d’abord s’intéresser à la matière, réaliser des tests là où on ne les voit pas, parfois retravailler le cuir en profondeur. Par exemple, j’ai mis au point une technique qui me permet de teindre le cuir vernis, une autre avec laquelle je transforme le daim en cuir. Certaines pièces sont de véritables challenge, la beauté de la couleur est la récompense d’un long processus.

Capture d’écran 2018-10-19 à 11.44.26.png
Capture d’écran 2018-10-19 à 11.44.14.png
Infos pratiques

Prix indicatifs
Patine: 110 euros
Entretien (Nettoyage, cirage, glaçage): 48 euros
Adresse
Talon Rouge
10 rue du Laos 75015 Paris
Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h30
Le samedi de 10h à 16h

Contact
09 51 93 27 91
talon.rouge@free.fr
http://talonrouge-pierrepaul.blogspot.com


Article et photos par Audrey Harris, partenaire de Go for Good et fondatrice de Soubis, un laboratoire d’innovation pour la valorisation des savoir-faire indépendants de la création.
 
Charlene Vinh