La Remailleuse : entretenir, sauver

 
 
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Tatiana, la Remailleuse 

 

Propos recueillis par Audrey Harris

Entretien avec Tatiana, remailleuse depuis 2011
 

Comment êtes-vous devenue remailleuse ?

J’ai appris le tricot à l’âge de six ans, avec ma grand-mère, dans la Russie soviétique où j’ai grandi. Arrivée en France en 1988, alors mère au foyer, j’ai beaucoup tricoté pour mes enfants. Nous avions des chats. Évidemment les enfants adoraient jouer avec eux et ne prêtaient pas garde à leurs vêtements, ce sont les coups de griffes dans les pulls et gilets qui m’ont amenée à reprendre mes tricots et à me plonger dans leurs mailles pour les réparer. Progressivement le résultat est devenu spectaculaire, les trous invisibles. Alors, pour moi, j’ai commencé à acheter des vêtements défaillants de grandes marques, dont je faisais disparaître les défauts. J’ai étudié l’Histoire de l’Art en Russie, cette formation ne m’offrait guère de perspectives d’emploi en France. Lorsque j’ai voulu travailler, je me suis demandé ce que je savais faire, que les autres ne savaient pas faire. Méticuleuse, patiente et déjà fort expérimentée dans le remaillage, j’ai commencé à l’envisager comme un métier. Après quelques recherches je me suis rendue compte qu’il était extrêmement rare. Ainsi, je me suis lancée à mon compte en tant que remailleuse.

Il y a un an, une cliente m’a demandé de lui apprendre le métier, c’est avec enthousiasme que je l’accueille en apprentissage depuis lors. Depuis peu, il n’existe plus de formation au métier de remailleuse, c’est une chance de pouvoir transmettre mon savoir-faire. La dernière formation officielle au remaillage a fermé ses portes en 2017, autodidacte, je me sens investie dans grande responsabilité, celle de réinventer un métier disparu.

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Pour qui travaillez-vous ?

Quand j’ai démarré mon activité, je travaillais principalement pour les Maisons de Couture. Je suis allée les démarcher et elles avaient recours à mes services pour modifier des tricots. Raccourcir des manches en retirant des rangs, c’est une tâche qui nécessite de savoir remailler et c’est la seule manière de mettre une pièce unique à la taille d’une cliente dans les règles de l’art.

Assez rapidement, grâce à mon site Internet et au bouche à oreille, des clients particuliers ont commencé à s’adresser à moi. Même si je m’amuse à dire que je dois essentiellement ma clientèle aux mites et aux chat, c’est l’attachement des personnes à un pull, à un gilet qui les conduit à me contacter. La laine confère une nature organique au vêtement, le tricot lui apporte sa dimension humaine, celui ou celle qui l’a offert, porté ou tricoté. Ce sont des vêtements qui représentent, pour leur propriétaire, bien plus que leur valeur pécuniaire. Pull retrouvé dans la malle d’un grenier ayant appartenu à un aïeul cher, gilet tricoté par la tendre grand mère, ces vêtements là sont irremplaçables. Leur fonction est autant de tenir chaud au corps que de réconforter l’esprit. Difficile de trouver cela en magasin, alors, lorsqu’un tel objet est endommagé, les clients sont heureux de me trouver et de savoir que de bons soins vont lui être prodigués. J’ai constaté que beaucoup de personnes conservent les pulls même mités, sans les porter, j’aime à penser qu’inconsciemment ils savent qu’il est possible d’y faire quelque chose, et qu’un jour leur chemin les mènera jusqu’à moi !

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Comment faites-vous disparaître un trou ?

D’abord, je travaille en silence. Il est essentiel pour moi de pouvoir me concentrer à 100% car le remaillage est un travail extrêmement minutieux. Equipée de ma loupe, je commence par ausculter le trou puis je l’élargi à l’aide d’une pince jusqu’à trouver la première maille saine. Qu’il s’agisse d’un trou de mite ou d’une déchirure, il est primordial de commencer à travailler sur une maille en parfait état, elle doit être solide, c’est sur elle que va reposer la réparation. Mieux vaut donc casser les fils moyennement abîmés, ils finiraient par casser, parfois je décide cependant de les renforcer. Pour récréer les mailles manquantes je puise dans mes échantillons de fils pour trouver celui qui correspond parfaitement. Lorsque celui-ci me fait défaut, je prélève un fil caché dans la couture du vêtement, que je recouds avec l’un des miens. Mon objectif est toujours de réaliser un travail invisible, la plupart du temps j’y parviens. Mes clients sont généralement bluffés, impossible une fois la réparation effectuée de savoir où était le trou. Et pourtant, ce n’est pas de la magie, c’est du remaillage !

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Quel immense bonheur pour moi de ressentir la joie de mes clients, lorsqu’ils retrouvent ce vêtement auquel ils tiennent tant, doté d’une nouvelle jeunesse. Je leur prodigue aussi mes conseils pour éviter les mites. C’est un papillon qui pond l’été, et ce sont ses larves qui se nourrissent de la laine, pour s’en prémunir il suffit donc de mettre les pulls sous vide pendant l’été. En cas de doute, un passage d’une nuit au congélateur reste la meilleure manière de les faire disparaître.

Infos pratiques

Tarifs Indicatifs Trou de mites : à partir de 40 euros
Estimation possible sur photo par email ou sms

Adresse
Quartier de Pigalle Paris 9ème

Horaires
Sur rendez-vous uniquement

Contact
06 75 75 11 00
remaillage.site@gmail.com
www.facebook.com/remaillage
Article et photos par Audrey Harris, partenaire de Go for Good et fondatrice de Soubis, un laboratoire d’innovation pour la valorisation des savoir-faire indépendants de la création.
 
 
Charlene Vinh