Clémence, Stoppeuse depuis 2015

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Clémence, Stoppeuse depuis 2015

Comment êtes-vous devenue stoppeuse ?

Fille unique d’une grande fratrie, il fut naturel pour les femmes de ma famille de faire de moi l’héritière de leurs savoir-faire : ma mère m’apprit à broder, ma grand-mère m’apprit la couture et ma grande tante le tricot. En Thaïlande, où je pars après mon BAC, je découvre le tissage dans une école du Nord du pays. Pendant six mois, au côté des enfants des ethnies Karen, j’y apprends à travailler sur de vieux métiers à tisser. Je poursuis ensuite des études de langues orientales en France, qui me conduisent à nouveau en Thaïlande pour y enseigner le français, dans une école reconstruite après le Tsunami avec l’aide d’entreprises françaises. Cette fois-ci lorsque je reviens en France je souhaite m’engager dans une activité qui me permette de conjuguer mon désir d’utiliser mes mains et ma conscience écologique. Je m’essaye à différents métiers du circuit bio, vendeuse, maraîchère ; et puis un jour, bien décidée à faire réparer un tricot, je rencontre Tatiana (La Remailleuse). C’est une révélation, et je décide immédiatement de suivre l’enseignement qu’elle prodigue alors dans le cadre de la formation GRETA, module du CAP broderie. Je retrouve progressivement les sensations du tissage appris en Thaïlande et comprends que plus encore que le remaillage, c’est le stoppage dans lequel je veux me spécialiser.

Quel est le processus du stoppage ?

Après la formation, il m’a fallu développer ma propre technique, car le stoppage n’y était pas spécifiquement enseigné, très peu de documentation existe et surtout le métier a presque totalement disparu. À la différence du remaillage, qui s’opère sur un tricot, la technique du stoppage permet de réparer un tissu. Pour comprendre le stoppage, il faut d’abord appréhender le tissage : tisser consiste à entremêler des fils sur une trame. Cette connaissance pratique m’a énormément aidé à trouver mes repères. Le stoppage est une intervention sur un tissu existant qui a été troué, altéré. Il faut d’abord consciencieusement observer le tissage pour déterminer le nombre de fils qui passent dans la trame. En m’accrochant aux premiers bords sains du trou, je repasse un fil en suivant la trame. Pour cela, il faut donc d’abord se procurer un fil sur la pièce, cette opération peut nécessiter bien plus de travail que la réparation elle même. Par exemple, j’ai récemment travaillé sur une couverture pour laquelle j’ai prélevé le fil dans ses bordures frangées, une fois cette étape réalisée j’ai pu stopper le trou, mais il fallait aussi reconstituer les franges !

Que représente la réparation pour vous ?

Une bonne réparation est un travail qui ne se voit pas. Pour arriver à ce résultat il faut être constamment exigeant et dans le cas précis du stoppage, particulièrement inventif. Détourner des objets du quotidien, comme la tablette de luminothérapie que j’utilise pour examiner les trous, adapter les outils à ses besoins, comme les aiguilles de couture que je retaille pour en augmenter la précision. J’aime cette dimension créative du stoppage, c’est très stimulant d’aborder la réparation comme un challenge, et d’autant plus satisfaisant lorsqu’il est relevé avec succès ! Pour réparer avec justesse, il faut observer chaque pièce comme un nouveau défi, comprendre sa trame pour pouvoir lui redonner vie. Je suis fière de faire vivre un savoir-faire dont la fonction est de permettre aux vêtements de durer, bien qu’il ait presque disparu, ce métier représente des valeurs d’avenir.

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Infos pratiques

Tarifs

Devis sur un envoi de photo par mail ou sms
À partir de 40 euros

Contact
07 81 70 31 50
stoppage.rcr@gmail.com
 

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Charlene Vinh