Le Cordonnier : sauver et entretenir

 
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Bernard Calbry, cordonnier depuis 1986

Propos recueillis par Audrey Harris

 
 

Comment êtes-vous devenu cordonnier ?

Par accident ! À 14 ans, le Certificat d’Études en poche, je veux travailler. Mon choix se porte, presque par hasard, sur la maroquinerie sellerie. D’abord apprenti, j’exerce ensuite pendant 10 ans en atelier. Puis, nouvellement père de famille j’entre dans la fonction publique au service des Postes Télégraphes et Téléphone, j’y confectionne et répare les besaces des postiers, et les housses des pneumatiques. Devenu Maître Ouvrier, je suis, à mon départ en 1982, le dernier sellier des PTT. Là-bas, j’avais été beaucoup sollicité par mes collègues pour des réparations de chaussures, finalement, en rendant service, j’avais commencé à apprendre le métier de cordonnier. Pour les patins, j’avais pour habitude de me fournir en caoutchouc dans une échoppe de la rue de Turbigo. J’avais quitté depuis peu les PTT lorsque j’y ai trouvé porte close, et la pancarte « Fermé, bail à céder ». Avec le soutien de ma femme, je reprends le local et y démarre une activité de réparation d’articles de cuir. À nouveau, les demandes de réparation de chaussures affluent. Je m’équipe petit à petit, continue à apprendre au fil du temps pour y consacrer la majeure partie de mon activité. Après 10 ans de travail, me voilà devenu cordonnier.

Quelle est votre conception du métier ?

D’abord je suis un ouvrier, au service de ses clients. Il est de ma responsabilité, lorsqu’une personne m’apporte une paire de chaussures à réparer, de la satisfaire, c’est pour moi un engagement. Le moment du diagnostic avec le client est très important, il arrive souvent qu’on me présente des chaussures en dernier recours, avant de les jeter. Chaque réparation reste pour moi, après toutes ces années de métier, un nouveau défi. Bien sûr je réalise aussi beaucoup de pause de patins, de changement de semelles, j’y porte autant de soin qu’aux réparations complexes. Pour travailler dans les règles de l’art, je choisi des fournisseurs qui fabriquent encore les matériaux devenus rares, comme le crêpe. Cela me permet de réaliser des réparations fidèles aux modèles que l’on m’apporte. Mon mot d’ordre est la confiance.

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Comment travaillez-vous ?

Je travaille dans la joie. La musique accompagne chacun de mes gestes. J’ai aussi le bonheur de travailler avec ma fille, que j’ai formé au métier à l’issue de son CAP maroquinerie. Nous partageons l’atelier et cela m’apporte beaucoup de joie de voir qu’au delà du savoir faire, je lui ai transmis le goût du travail bien fait. J’aime mon métier, j’apprécie la fidélité de mes clients. Je crois que le plaisir est la clé du travail bien fait. Parfois, avant de commencer à travailler sur une chaussure, il n’est pas possible de comprendre la réparation qui devra être faite. Il faut alors observer, pour identifier ce dont la pièce a besoin. Il faut faire appel à son bon sens et ne pas attaquer une réparation avec la logique de l’habitude, mais toujours se poser des questions.

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Infos pratiques

Adresse
Central Crépins Cordonnerie
48 rue de Turbigo
75003 Paris

Ouvert du lundi au vendredi de 8h à 13h et de 14h à 19h
Le samedi de 8h à 13h Contact

Contact
01 42 72 68 64
www.cordonneriecentralcrepins.fr


Article et photos par Audrey Harris, partenaire de Go for Good et fondatrice de Soubis, un laboratoire d’innovation pour la valorisation des savoir-faire indépendants de la création.
 
Charlene Vinh