La Maroquinière Sellière : transformer

 
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Karoline Bordas,  maroquinière sellière

Propos recueillis par Audrey Harris

Comment êtes-vous devenue maroquinière sellière ?

À 28 ans, maquilleuse plateau pour la télévision après des études de Lettres, je me promène dans une brocante, lorsque mon regard se pose sur une pièce de cuir qui me tape dans l’œil. « Il est pour vous ! » me dit le vendeur. Je l’achète, convaincue que la bricoleuse que je suis va pouvoir en faire un sac. À l’aide de tutoriels sur Internet je m’attèle à la tâche, mais le résultat n’est pas fameux. Le métier, les outils me font défaut, mais voilà, je suis tombée sous le charme de la matière. Je commence par chercher un stage, et finalement, quelques mois à peine après cette rencontre fortuite, j’intègre les Ateliers Grégoire où je suis une formation en CAP. Dès le premier jour de cours, j’ai une nouvelle épiphanie avec la découverte de la couture main. Émue, presque jusqu’aux larmes, je comprends que je viens de trouver ma voie.

Fraîchement diplômée, je deviens seconde auprès d’une ancienne cheffe d’atelier d’Hermès, avec laquelle je pratique exclusivement le cousu main. Puis, à mon tour en qualité de cheffe d’atelier, je rejoins une maison spécialisée dans le cuir exotique et les commandes spéciales, avant de créer mon propre atelier en 2013. J’ai eu la chance d’être accompagnée dans ce projet par la Fondation Bettencourt et les Ateliers de Paris qui m’ont incubée jusqu’à ce que je puisse voler de mes propres ailes. J’ai pu alors installer mon atelier boutique dans cette maison du quartier historique des faubourgs, ancien atelier de potier construit sous Henri IV. J’aime les murs qui ont une histoire, ceux-ci datent de ma période de prédilection, le Moyen Âge. Je développe ici les modèles de ma marque, InCute, et reçois aussi les clients pour des commandes sur mesure et des réparations.

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Quelle est votre conception de la réparation ?

Je pratique le théâtre depuis mon plus jeune âge, j’apprécie les textes classiques pour l’universalité de leur langage. Je suis fascinée par leur transmission et l’évolution qu’elle apporte au fil du temps. J’envisage un sac ancien exactement de la même manière, il a une lecture, une fonction qui peut être amenée à évoluer pour s’adapter à de nouveaux usages. Les altérations du temps sont autant d’opportunités de lui apporter les modifications qui permettront d’adapter un design ancien à la vie d’aujourd’hui. J’ai commencé à travailler sur des sacs vintage qui me plaisaient mais dont le format, le type de porté n’était pas pratique. Si je ne fais pas de restauration pure, je m’attache à ne pas dénaturer la ligne des pièces et les aborde dans un processus d’étude, de déconstruction, pour déterminer ce qui constitue leur identité. Il ne s’agit donc pas pour moi de chercher à faire une réparation qui se cache mais au contraire d’apporter quelque chose à la pièce. Pour moi réparer quelque chose est une marque d’amour, une façon de continuer à faire vivre l’objet, la réparation devient donc une valeur ajoutée.

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Comment intervenez vous ?

Une modification subtile constitue souvent la touche qui donne tout son sens contemporain à un objet. Cependant, s’il suffit d’une lanière pour transformer une pochette en sac, trouver les éléments adéquats pour ne pas le dénaturer nécessite des ressources. Au fil du temps j’ai constitué une réserve d’anneaux, d’attaches, de fermetures, bijouterie de maroquinerie de différentes époques que je propose à mes clients et dans laquelle je pioche. Je chine continuellement, chaque sac est unique et même s’il ne s’agit pas pour moi de dissimuler son évolution, le respect de l’harmonie esthétique est primordial et exigeant.

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Je transforme fréquemment des sacs week-end pour leur donner un usage professionnel. Destinés à accueillir un laptop et à accompagner leur propriétaire dans leurs activités quotidiennes ils doivent être plus maniables. Je conserve alors les anses du porté main et ajoute ou rallonge la bandoulière si elle est déjà présente. Je propose alors une large gamme de cuir, mais souvent les clients choisissent de me faire confiance et j’aime les surprendre avec un choix de cuir qui tranche et donne une allure plus moderne au sac. Transformer c’est aussi avoir un style, une démarche créative.

Infos pratiques

Tarifs indicatifs
Changement de bandoulière : à partir de 80 euros 

Adresse
InCute - Atelier Boutique 22 rue Basfroi, 75011 PARIS
Sur rendez-vous uniquement

Contact
06 72 75 39 98
www.incute.fr
Article et photos par Audrey Harris, partenaire de Go for Good et fondatrice de Soubis, un laboratoire d’innovation pour la valorisation des savoir-faire indépendants de la création.
 
Charlene Vinh