Le Tailleur Retoucheur : sauver, transformer

 
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Kemal Gunyar, tailleur retoucheur depuis 2004

Propos recueillis par Audrey Harris

Comment êtes-vous devenu tailleur ?

Mon frère et mon beau frère étaient tailleurs. J’ai suivi leur exemple et à 16 ans je suis rentré comme apprenti chez un tailleur à Denizli, en Turquie. Auprès de mon maître j’ai appris à travailler les coupes de costumes classiques. Puis j’ai rejoins l’Allemagne où pendant 3 ans j’ai travaillé à nouveau auprès d’un Maître tailleur, à Hambourg. En 1976, lorsque je suis arrivé à Paris, j’ai intégré une entreprise de confection où je réalisais des prototypes pour des maisons de luxe, je travaillais les coupes, la confection et le montage des modèles. En 2004, j’ai décidé d’ouvrir mon propre atelier et de me spécialiser dans la transformation.

Quelle est votre conception de la transformation ?

La transformation est un challenge. Réadapter une pièce ne consiste pas à simplement ajuster les mesures. Dès que l’on touche à la structure d’un vêtement il faut retravailler l’ensemble, pour lui donner une nouvelle harmonie. Cela implique de ne pas avoir peur de démonter une pièce, étape souvent nécessaire pour parvenir à un résultat irréprochable. Mon travail m’amène à examiner celui d’autres tailleurs, d’autres façonniers. Une grande part de mon métier consiste donc à comprendre et apprécier la technique de celle ou celui qui a réalisé un vêtement, pour être à même de le retravailler dans les règles de l’art. J’aime les techniques traditionnelles. C’est toujours un émerveillement pour moi lorsque l’on m’apporte des pièces anciennes dont les coutures ont été entièrement réalisées à la main. Des coutures sans machines, aussi régulières, plus belles que celles de la machine. J’aime aussi les machines anciennes, leur bruit est pour moi une musique beaucoup plus belle que celle des machines modernes, silencieuses comme des moustiques. Transformer, c’est voyager à travers le savoir faire entre les époques, les cultures, c’est ce qui me plait.

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Comment travaillez-vous ?

Je prends le temps. Cette approche est absolument nécessaire pour respecter les pièces qui me sont confiées, souvent vintage, parfois transmises par un parent, toujours précieuse pour mes clients. Je discute beaucoup avec eux pour bien comprendre ce qu’ils attendent d’une transformation, leur apporter mes conseils, pour anticiper ensemble le résultat. La prise de mesure est évidemment la première étape. Ensuite vient le travail délicat du démontage, au moins partiel, de la pièce. Il est souvent nécessaire de remettre à plat tout les éléments avant de retailler. Il faut être patient et méticuleux pour découdre sans endommager les tissus, qui sont parfois extrêmement fragiles. Lorsque je reprends et remonte le vêtement, je garde toujours à l’esprit la morphologie de la personne pour obtenir un tombé parfait sur elle. Cela peut impliquer de renouveler la prise de mesures au fil du travail, pour réajuster la structure. Pour moi c’est le résultat qui compte, et il doit être parfait.

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Infos pratiques

Adresse
L’Art de l’Aiguille
8 rue Régis 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 13h et de 14h à 19h

Contact
01 45 44 08 58
mk.gunyar@gmail.com
www.lartdelaiguille.com


Article et photos par Audrey Harris, partenaire de Go for Good et fondatrice de Soubis, un laboratoire d’innovation pour la valorisation des savoir-faire indépendants de la création.
 
Charlene Vinh