Les Faux Jardiniers

 
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To Van Cao, Acheteuse Prêt-à-Porter Homme aux Galeries Lafayette, est allée à la rencontre d’un collectif pratiquant la permaculture, à quelques kilomètres de Paris. À travers cette interview à plusieurs voix, découvrez cette façon de cultiver entre écologie naturelle et tradition.

Quoi ? LFJ (Les Faux Jardiniers)

Qui ? 15 copains urbains et avides de nature

Ça a commencé quand? En Janvier 2018

 
 

Qu’est-ce que la permaculture ?

L : Plutôt qu’un système agricole, c’est une philosophie : prendre soin de la nature, des hommes, partager équitablement. Concrètement, la permaculture s’inspire des écosystèmes naturels pour construire des lieux de vie et de culture durables et résilients.

Le système agricole qu’elle encourage en pratique est proche de l’agroécologie. Les techniques clés sont : la planification en harmonie avec l’environnement existant; l’association de cultures (du combo tomates/basilic à la triplette courges/haricots/maïs); la culture en buttes (mais aussi en lasagnes, etc.) ; la préparation, l’enrichissement et la protection du sol (respect des couches du sol, compost, mulch, engrais verts). Globalement l’économie de ressources est encouragée : économie d’eau, réutilisation des graines, etc.

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Quelles raisons vous ont poussé à monter ce projet ?

P : La lassitude du travail de 8 heures devant un écran, l’impact environnemental énorme du modèle agricole dominant, le besoin de comprendre comment les choses que l’on mange sont fabriquées… Les raisons ne manquaient pas pour chercher un terrain et s’essayer à la agroécologie. 

Après quelques raids en vélo infructueux en banlieue parisienne, j’apprends autour d’un café avec un ami que ses parents possèdent un terrain en friche à Coulommiers. Des arbres fruitiers, une rivière au bout du terrain, une végétation florissante : une visite suffit et après la signature d’une convention, le terrain nous est prêté pour une durée d’un an.

Pour garantir une visite hebdomadaire sans y passer nos week-ends, il nous faut une quinzaine de motivés. Surprise, chacun veut en être. Évidence, il faut un projet et une organisation ficelés. La première AG a lieu en Janvier et il en ressort une charte avec un but validés ensembles :  élaborer et réaliser un projet d’agriculture urbaine, collaborative et écologique. « Les Faux Jardiniers » sont nés.

 

Comment se sont passées les premières récoltes ?

L : Les premières récoltes ne mentent pas, elles sont les fruits de nos efforts mais aussi d’une part d’incertitude qui revient à la nature elle-même et à ses habitants. Nos amis les rongeurs, se sont bien nourris au printemps ! Malgré cet épisode, l’équipe se serre les coudes et c’est avec excitation que nous récoltons nos premières pommes de terre, bottes d’ail, tomates et courgettes à partir de Juin. Patiente et persévérance sont vos amis dans ces moments-là.

Ce que l’on a appris : ne pas lésiner sur la protection du potager contre les rongeurs (avec un grillage à poule par exemple) et privilégier dans ce cadre des plants plutôt que des graines, qui sont plus robustes contre les « attaques » et feront quand même des fruits. Privilégier un arrosage abondant avec des trous sur le côté des racines pour bien hydrater vos plants, plutôt qu’un arrosage superficiel régulier. Espacer les plantations et varier les espèces pour une récolte échelonnée dans le temps.

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Quels sont vos légumes préférés ?

P : Les courgettes, sans aucun doute mais pas seulement pour la beauté de leurs plants rampants. Sur chacun, les fleurs males fécondent les fleurs femelles, à la racine desquelles poussent les fruits que nous dévorons. Preuve des risques associés à la dégradation de la biodiversité, ce sont les pollinisateurs (abeilles et autres insectes) qui font tout le travail en déplaçant le pollen des fleurs males aux femelles. Un conseil : cultiver à côté des plans des fleurs qui attirent ces pollinisateurs ou installer des ruches à proximité !

L : Les tomates cœur de bœuf : rouges et bien charnues, elles demandent à être taillées régulièrement pour récolter de beaux fruits. Un conseil : ne les laissez pas ramper au risque qu’elles attrapent le mildiou (maladie).

  

Qu’est-ce que vous apporte ce projet ?

P : La nature est complexe et ne s’apprivoise pas en six mois ! C’est excitant car nous apprenons beaucoup chaque jour sur son fonctionnement et les manière de cultiver en harmonie avec l’environnement. Tout cela, nous le faisons entre copains en nous amusant et en confrontant nos points de vue. Et c’est la continuité d’un engagement sur tous les fronts pour enclencher une transition de notre société avant qu’elle ne s’effondre.

L : Une aventure entre potes, intellectuellement et physiquement stimulante. Pour la Parisienne endurcie que je suis, c’est d’abord la perspective des moments entre amis qui m’a séduite. Après cette première année et avec surprise, je me sens un peu plus proche du vivant, j’ai l’impression d’avoir retrouvé cet émerveillement enfantin lié à la compréhension du fonctionnement du monde qui m’entoure, a minima celui des légumes.

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Des conseils pour se lancer dans la permaculture quand on n’a pas de terrain ?

P & L : Commencez par mettre la main à la pâte dans les jardins des parents ou grands-parents, rien de tel pour s’assurer que vous aimez mettre les mains dans la terre. En région parisienne, vous pouvez ensuite facilement cultiver des jardins partagés gérés par des associations de quartier ou des collectifs comme la Sauge. Les jardins familiaux ou jardins ouvriers ont le vent en poupe donc la liste d’attente est parfois longue. Pour compléter la pratique, des cours sont dispensés par de nombreuses associations.

 

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EN BREF :

Les étapes principales du début du projet

· Janvier : Co-création de la charte de l’association

· Mars-Avril : Préparation du terrain

· Mai : Premiers semis et plantations

· Juin : Premières récoltes

La boîte à outils

· Charte de l’association : objet, organisation et responsabilités

· Statuts association

· Convention de « prêt à usage de terrain agricole »

 
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Charlene Vinh